6. Kôbe

Dans le train Taoyama-Kôbe. Les autorisations.

En équipe très réduite (Hichame, Pauline Asako et moi), nous avons pris le train de Taoyama jusqu’à Kôbe. Dommage, car nous adorions nos petites camionnettes. (Ici encore, il faut un smiley adéquat.) Les autres poursuivirent leur route jusqu’à Kôbe. Un vent fou s’était levé. J’ai su par la suite que leur voyage fut assez mouvementé – disons, assez tanguant.

Il nous fallait les plans d’Amélie dans le train, au retour de sa nuit terrible dans la montagne. Nous les avons tourné avec le Canon 700, à la sauvette.

Un mot sur les autorisations de tournage au Japon. On peut les obtenir assez facilement, si l’on est prêt à attendre plusieurs mois, voire davantage. Par exemple, j’ai su que les producteurs d’Inarritu, pour Babel, n’avaient jamais reçu à temps les autorisations de tourner les plans de la partie japonaise. Ils ont fini par s’en passer. De toute façon les Japonais sont tellement polis que jamais ne leur viendrait l’idée de vous réclamer quoi que ce soit. Vous contrôler dans la rue alors que vous tournez serait du dernier malséant. Ou alors il faut en faire des tonnes. On m’a dit que Gaspar Noé, lui, avait eu quelque problème lors du tournage de Enter the Void. Mais bon, c’est Gaspar Noé aussi.

Nous avons donc emprunté ces quelques images ferroviaires. (Nous les rendrons bien entendu après usage, après les avoir soigneusement nettoyées et remises dans leur emballage d’origine.) Tous les figurants de hasard jouaient extrêmement bien. Il n’y a pas eu un seul regard caméra, sauf celui d’un salary man en goguette qui, accroché à une main courante, faisait de gros efforts pour garder une position plus ou moins verticale. Celui-là regardait, à dire vrai, n’importe où.

Hélas, au moment de tourner, un gaijin ronchon s’est assis à côté de Pauline.

Kôbe

C’est à Kôbe que nous avons tourné les séquences de l’appartement d’Amélie, intérieures et extérieures. Bien sûr l’appartement est censé se trouver à Tokyo. Nous préférions cependant tourner ici, dans un quartier populaire très semblable à celui de la capitale où j’avais prévu de tourner. La triche continue.

Ali, notre coordinateur japonais, vit à Kôbe. Il connaît bien la ville et ses faubourgs, il s’y sent comme un poisson dans l’eau. Pour lui, le décor était plus facile à gérer ici que dans la folie tokyoïte. Ali avait plusieurs propositions d’appartements. Une fois que Laurie et l’équipe déco eurent aménagé celui que nous retenons, l’endroit se révèle parfait. J’ai beaucoup aimé tourner dans ce décor. J’aime sa réalité. J’aime l’intelligibilité de la complexité de la ville japonaise qu’il suggère. J’aime la ruelle banale, la Mercedes par la fenêtre dans la rue qui donne sur l’arrière de la maison. J’aime les enfants qui jouent sur le seuil, les jouets qu’ils y ont oubliés.

Les enfants du seuil sont deux soeurs jumelles dont les parents sont des voisins d’Ali. Elle sont à croquer. Je ne crois pas qu’il y ait rien au monde qui soit plus mignon (kawai) qu’un enfant japonais. Nous eûmes aussi sur le plateau le fils d’Ali lui-même : On (prononcez Onne). On.

C’est bien sûr ici que nous avons tourné la scène des voisins qui viennent demander à Amélie de rentrer. Les voisins étaient joués par Yasunari Kondo et son épouse. Yasunari Kondo a joué Monsieur Tenshi, dans Stupeur et tremblements. Mine de rien, il devient le Japonais le plus assidu des adaptations d’Amélie Nothomb.

Avec les voisins d'Amélie, devant chez elle.

Avec les voisins d’Amélie, devant chez elle.

Le seul problème de ce décor, c’est qu’il est vraiment ce qu’il est : un minuscule appartement japonais. Si minuscule que souvent, entre les prises, Pauline doit se réfugier sous le pied de la caméra pour laisser la place à la déco et aux changements d’éclairages. C’était drôle alors de la voir attendre sous son tipi d’acier.

tipi

Pauline dans son tipi.

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Extraits d’« Otsukaresama deshita! Chroniques du tournage japonais de Tokyo Fiancée » 

Disponible sur le shop ainsi que sur le site des Editions Lamiroy !