Lily & Lila

18. lila&lily

Ce film m’a pulvérisé. Voilà enfin un grand film d’amour, un amour noir, un amour soleil, un amour tellurique, un amour fusion, un amour oxymorique, un amour-passion entre deux femmes. A dire vrai, il ne faudrait même pas mentionner qu’il s’agit de deux femmes. Pourquoi faudrait-il ainsi le genrer ? C’EST DE L’AMOUR, POINT BARRE. L’une d’elles, Lily, vit à… Mais là non plus, il ne faudrait même pas relever ces détails. Ils sont insignifiants. CE SONT DEUX ETRES HUMAINS, UN POINT C’EST TOUT.

Que dire d’autre ? Lily, elle, vient d’arriver de… Mais non ! Pourquoi toujours réduire les choses ? LILY EST UN ETRE HUMAIN. Elle rencontre Lila au cours d’une… Mais qu’importe ? LILA EST ELLE AUSSI UN ETRE HUMAIN ! Est-ce une occurrence capricieuse, un hasard objectif, un destin qui fait se rencontrer Lily et Lila ? Quelle importance, je vous le demande ? Non, mille fois non, là n’est vraiment pas l’important. Ce qui est vraiment important, le plus important du monde, c’est que DEUX ETRES HUMAINS S’AIMENT. Voilà ce que nous raconte de long en large, surtout en long, le film de Fatima Abdel Mattouf dans sa simplicité et sa pureté adamantines. C’est son message. Et c’est une bombe filmique. Lily & Lila tombent follement amoureuses l’une de l’autre. Elles se découvrent, se déchirent, se retrouvent, se redéchirent. Elles ne peuvent vivre l’une sans l’autre. Elles ne peuvent vivre l’une avec l’autre. Peu importent leur nationalité, leur religion, leur culture, leur langue, leur sexe, leur orientation sexuelle, leur couleur de peau (cela me gêne de devoir préciser des choses aussi élémentaires), peu importent leur vie « d’avant », celle qui a précédé leur rencontre, leur enfance, leurs parents, leurs frères et sœurs, les villes où elles ont habité, les maisons où elles ont dormi, les animaux qu’elles ont cajolés, les jouets et les jeux qu’elles ont préférés, peu importent les planètes qu’elles ont visitées (c’est un film de SF, j’ai oublié de le mentionner), peu importent les Boss des jeux vidéo auxquels elles se sont heurtées, peu importent les vaisselles qu’elles n’ont pas faites, peu importe qu’elles aient ouvert la cage aux anacondas du Zoo de Montreuil-Bellay, peu importe leur singularité : ELLES S’AIMENT ! Elles s’aiment putain ! C’est tellement beau que j’en pleure, là, en écrivant ces lignes. Ce film nous apprend TOUT sur l’amour. Ce film EST de l’amour. Ce film NOUS AIME.

Il n’y a en réalité pas d’autre pitch. Pas d’autre développement. Pas même d’autre scénario dans le film de Fatima Abdel Mattouf. Le film procède par longs, très longs plans-séquences séparés par de longs, très longs noirs. Il dure sept heures trente. On ne voit à l’écran que les deux actrices exceptionnelles – dont la réalisatrice ne donne pas les noms. Peu importe leur nom. Certains cunnilingus durent jusqu’à 32 minutes. Je me suis endormi une petite heure au début et une bonne heure vers la fin. Mais n’est-ce pas merveilleux ? Un film qui vous emmène dans les bras de Morphée ? Avec une petite érection ? Je ne me souviens plus de mes rêves, mais je sais qu’ils étaient sereins. Je me suis réveillé avec la chanson de Jacques Brel dans les oreilles : « Quand on n’a que l’amour ». Quelle bonne idée, cette chanson au générique ! Quel chef-d’œuvre ! Elle s’accorde si bien au propos de « Lily & Lila » ! Que le cinéma se fonde avec le sommeil, que le sommeil devienne cinéma : n’est-ce pas l’avenir même du 7ème Art ?

Un seul regret, je n’arrive pas à comprendre pourquoi la critique a fait un tel foin, un tel accueil à la « La Vie d’Adèle » qu’elle a encensé, et qu’elle ait oublié à ce point le film de Fatima Abdel Mattouf. « Lili & Lila » est selon moi beaucoup plus radical. Il va beaucoup beaucoup beaucoup plus loin. C’est difficile à admettre, mais c’est hélas je crois une conséquence du machisme invétéré de la critique française. Dont acte.

Loïc Petitjean