1. Tokyo

Il pleut sur Tokyo

Quand j’arrive à Tokyo le premier avril 2013, il pleut. Il pleut tellement qu’on marche sur l’eau. La pluie n’arrive pas à s’écouler assez vite dans les égoûts. Les trottoirs sont des lacs.

Nous ne sommes encore que quelques uns de l’équipe à être sur place : Sophie, Val, Elly et Asako. Le gros des troupes viendra plus tard. Le gros des troupes, c’est bien sûr une manière de parler. Le tournage de Tokyo Fiancée sera diététique d’un bout à l’autre. Diététique, c’est-à-dire à valeur nutritionnelle élevée pour de sobres portions. Un genre d’arte povera, disons. Comme beaucoup de Belges, j’ai une grande habitude de l’arte povera.

J’ai retrouvé Sophie à Nishi-Nippori, à la gare d’arrivée du Narita Express. Sophie Casse est notre directrice de production 4X4, une tornade blonde qui n’a peur de rien ni de personne. Elle est (et restera) le personnage-clé de cette aventure. Le temps de déposer ma valise au ryokan où nous logeons, non loin du Tokyo Dôme, et je saute dans la camionnette qui nous attend. En deux jours, nous devons repérer tous les décors de la ville où nous tournerons dans un mois, quand le reste des plans japonais sera en boîte. C’est la stratégie générale du tournage : commencer par la province et finir par Tokyo. Nous pensions qu’il était bon que l’équipe s’habitue au Japon avant de s’immerger dans la mégalopole.

J’étais dans un état second. De fatigue, j’entends. Je venais à peine de finir un autre film quand Tokyo Fiancée, un moment désactivé par le tsunami de 2011, s’est remis en route. Pendant trois jours nous enchaînons les repérages à marche forcée sous de grandes rafales de vent et de pluie. Le cimetière de Yanaka (là où Amélie et Rinri voient le chanteur de ), le château de béton, la gare de Den-en-Chofu, Kanagawa River (là où Rinri fait un feu d’artifice*), la galerie d’art, le restaurant en-plein-ciel, l’arrêt du tramway, le forum, etc.

J’ai déjà visité la plupart de ces endroits lors de précédents voyages. Cette fois, il s’agit d’être plus rapide, plus précis. On n’est pas là pour flâner. Les bourrasques nous le rappellent sans cesse qui retournent nos parapluies en platique transparent achetés dans des magasins Tout-à-100-yens (moins d’un 1 €).

Il faut aussi rencontrer les quelques comédiens et figurants japonais qui seront dans le film. Nous leur donnons rendez-vous dans des cafés bondés de Shinjuku qui sentent les vêtements mouillés. Je suis étourdi de fatigue et de jet-lag. Le soir nous allons boire de grandes bières Asahi dans des izakaya bondées puis je vais m’écrouler dans ma chambre, au ryokan. Je suis angoissé par la météo. Et s’il allait faire un temps pareil au moment de tourner à Tokyo, dans trois semaines ? Pour me rassurer, je me dis que s’il fait aussi mauvais maintenant, c’est toujours ça de pris. Dans le sens où cela donne statistiquement plus de chance qu’il fasse moins pluvieux plus tard. On se dit vraiment n’importe quoi, dans ces cas-là.**

*Séquence tournée mais non montée.

** La suite devait me donner raison. Le temps fut de notre côté.

Pluie sur Tokyo. Il faisait 20°. Nous avions peur du dégel.

Pluie sur Tokyo. Il faisait 20°. Nous avions peur du dégel.

 

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Extraits d’“Otsukaresama deshita! Chroniques du tournage japonais de Tokyo Fiancée” 

 Disponible sur le shop ainsi que sur le site des Editions Lamiroy !