7. Osaka

Taichu engeki

Kôbe n’est pas loin d’Osaka. C’est à Osaka que nous tournons les plans du taichu engeki. Il s’agit d’une forme de spectacle qui peut rappeler ce qu’on appelle parfois chez nous une revue. Les représentations sont une succession de sketches et de chansons mimées. La plupart du temps, les acteurs sont des hommes déguisés en femmes, presque toujours habillés et maquillés en geishas de fantaisie. Ils miment de manière minimaliste des vieux tubes sirupeux exclusivement japonais qui passent en play back. Leurs gestes sont retenus, à peine esquissés. Parfois les acteurs articulent quelques mots de la chanson, comme s’ils ne pouvaient s’en empêcher. C’est extrêmement ténu. Dieu sait pourquoi, c’est très émouvant.

Il y a encore beaucoup de troupes de taichu engeki au Japon, même si la tradition se perd, paraît-il. Elles se produisent dans des théâtres spécialisés, toujours situés dans des quartiers populaires. J’en avais vu à Tokyo, de ces théâtres, mais il semblerait que la tradition se perde là plus rapidement qu’ailleurs. Le théâtre d’Osaka où nous tournons la séquence était le plus touchant et, encore une fois, il nous était plus accessible que ceux de Tokyo. Comme on le voit, Pauline ne fut pas au tournage qu’une Tokyo Fiancée. Elle fut aussi bien une Kôbe Fiancée qu’une Osaka Fiancée.

Un battement d'éventail. Presque rien.

Un battement d’éventail. Presque rien.

Osaka-Tokyo

Comme pour la séquence du train, nous faisons le trajet Osaka-Tokyo en équipe réduite. Cette fois nous prenons l’avion car nous devons y tourner la séquence finale.

Nous avons bien failli ne jamais partir. A l’aéroport d’Osaka, on nous arrête car nous transportons avec nous des batteries de caméra. La caméra elle-même, la grosse caméra Alexa ne leur pose aucun problème. Ce sont les batteries qui en posent. Il semblerait qu’on puisse en faire une bombe. Je l’ignorais. A vrai dire je n’ai qu’une connaissance limitée en matière de bombes. Les employés des douanes, eux, semblent hésiter. Il y a bien quelque chose d’indiqué à propos de ces batteries dans les livrets d’instructions douanières qu’ils consultent fébrilement. Vont-ils ou non nous empêcher de monter dans l’avion? L’heure de l’embarquement approche. Les douaniers ont l’air très embarrassés. Des chefs (et des cheffes) de plus en plus gradé(e)s sont convoqués qui se penchent tour à tour sur nos batteries et les livrets d’instructions. Ils ne se grattent pas l’occiput, ça ne se fait pas ici, mais c’est tout comme. Souvent ils rient de gêne en nous jetant de petits coups d’oeil amènes. Ce qui nous donne l’espoir qu’ils vont nous laisser passer. A la fin, il n’en fut rien. Nous dûmes rappeler un de nos chauffeurs afin qu’il vienne reprendre la caméra et les batteries. Nous filmerons la séquence avec notre Canon D750 de secours. Nous attrapons l’avion au tout dernier moment.

L’avion est vide. Nous avons tout le loisir de filmer Pauline. Soudain, par le hublot, apparaît le Fuji, au loin. Un court moment, il y a dans le même cadre Pauline, le Fuji et le sigle de Japan Airlines sur l’aile de l’avion (un cercle rouge).

avion

(…)

Extraits d’“Otsukaresama deshita! Chroniques du tournage japonais de Tokyo Fiancée” 

Disponible sur le shop ainsi que sur le site des Editions Lamiroy !