La dignité des larmes de la dignité du respect

dignité

Voilà l’histoire magnifique d’une femme migrante de couleur, obèse et sans-papiers, illettrée, mère de cinq enfants, tous obèses et se déplaçant tous en fauteuil roulant. Dès le début du film, cette pauvre femme courageuse meurt dans la rue d’un Alzheimer foudroyant sous les regards indifférents des passants. L’inspecteur Martin, chargé de l’enquête de routine pour mort suspecte sur la voie publique, découvre vite que cette femme gagnait misérablement sa vie en servant de cobaye clandestin pour le compte d’une firme pharmaceutique multinationale, avide et cynique, qui teste des médicaments nocifs pour la santé sur de pauvres clochards.

Les cinq enfants obèses, restés seuls dans le grenier sordide qu’ils occupaient avec leur mère dans le 93, tentent de sortir de chez eux pour aller quérir un peu de nourriture dans les poubelles des fast-foods voisins. Leur grenier est situé au 8e étage d’un immeuble sans ascenseur. En fauteuil roulant, vous vous imaginez comme c’est facile. Un moment, dans une scène très forte, on voit les gamins se disputer une boîte de chicken dips pratiquement pleine. Le film est une charge violente contre le gaspillage. Distraits par leurs chamailleries, deux des enfants se font écraser par un semi-remorque de la firme Monsanto qui passait par là en trombe et qui ne s’arrête même pas. Par recoupements, l’inspecteur Martin découvrira que le camion était bourré de graines transgéniques destinées à être vendues de force aux paysans indiens. Paysans qui, inutile de le préciser, n’arrivent plus à subsister et se suicident en masse par ingestion du Roundup qui accompagne les graines. On le voit, ce film est très engagé sur des sujets très variés, ce que, pour ma part,  je trouve bienvenu. Une fois qu’on l’a vu, on sent qu’on a fait avancer les choses sur beaucoup de problèmes à la fois dans le monde. C’est du cinéma utile.

Dans la seconde moitié du film, l’inspecteur Martin découvre que si le camion Montsanto était passé par là, c’est que le chauffeur s’était égaré. Il avait pris par Auderghem au lieu de filer directement vers l’E40 et le Kazakhstan. Quant aux trois enfants survivants, ils sont recueillis par une cliente du fast-food interprétée par Josiane Balasko-et-sa-fille. En réalité, Josiane Balasko-et-sa-fille vient d’être virée de son boulot d’animatrice anniversaire du fast-food. Elle porte toujours son costume de clown parce qu’elle n’a rien d’autre à se mettre et qu’elle a supplié le gérant du restaurant de le lui laisser jusqu’au lendemain, le temps qu’elle aille s’acheter de pauvres haillons. Le gérant est un salaud mais il accepté car, dit-il, il « n’a pas envie de voir Josiane Balasko-et-sa-fille à poil ». C’est révoltant, absolument immonde, d’autant que ce sale facho a maintes fois abusé d’elle par le passé, et qu’il a fait preuve de violences faites aux femmes à maintes reprises.

Josiane Balasko-et-sa-fille et les trois enfants obèses en fauteuil roulant vivent dans une cabane de jardin que Josiane Balasko-et-sa-fille occupe clandestinement. Ce film témoigne alors de la magnifique solidarité qui règne chez les laissés-pour-compte. C’est très touchant. Josiane Balasko-et-sa-fille fait des crêpes avec de la terre et de l’eau de pluie. Les obèses vont mendier à la sortie des cinémas où passe le film que l’on est en train de voir. Mais là on s’aperçoit que personne ne donne rien, pas un sou. Ce qui est une sacrée leçon qui dénonce fortement et nous secoue dans nos certitudes.

Le film a obtenu de nombreux prix de la dénonciation des scandales dans de nombreux festivals qui dénoncent, notamment à Cannes, Los Angeles, Miami, en Suisse, au Luxembourg, à Jersey Guernesey, et aux Iles Caïmans. Ailleurs, rien. Ailleurs, les gens ne sont pas encore assez généreux.

                                                                                                                                Loïc Petitjean